Oxfam 21 - Groupe Local Dijon

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Petite histoire décalée de l'APD (Aide Publique au développement)

Création de Oxfam Dijon (Texte d’après une pièce de théâtre de rue jouée à Dijon le 2 décembre 2017)

 

A la recherche de l’APP, l’Aide Publique Perdue ,

La madeleine de tous

 

Oyez ! Oyez !

Mesdames et Messieurs, nous sommes à la recherche de l’APP, l’Aide Publique Perdue !

Oyez ! Oyez !

Nous sommes à la recherche de l’Aide Publique Perdue ! Notre madeleine à tous.

Installez-vous Mesdames et Messieurs, devant votre écran, devant votre ordinateur, votre portable, votre smartphone, votre Iphone, enfin tous les Objets-phones ou écran, partout où vous pourrez nous lire.

 

 

Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs,

voici la terrible et merveilleuse histoire de l’ APD (Aide Publique au Développement) !

 

Tout cela a commencé à la fin de années soixante, au temps de la décolonisation, de nombreux pays accédaient enfin à l’indépendance. Et grâce à Oxfam Dijon, vous allez pouvoir revivre ici un de ces traités : imaginez, une salle remplie des anciens colonisateurs et des nouveaux responsables du pays. Dans les têtes silencieuses, des regrets pour les uns, beaucoup d’espoir pour d’autres, et pour tous, le fait de savoir que ce moment changera leurs vies pour toujours. Sourires de circonstances, sourires “jaunes “ face aux sourires noirs, petits discours pour l’histoire, une histoire de petits discours où le plus important n’est pas dans les mots mais entre les mots, après les mots, dans l’après de cette histoire...

Ça y est ! Ils signent ! Page par page, paraphe après paraphe !

 

 

Le divorce est maintenant consommé ! L’indépendance est déclarée !

Tout est fini et tout commence…

 

 

Mais qui sont ces deux gaillards en pull à col roulé, lunettes noires et écharpe de laine et bottines en cuir qui s’affrontent du regard ?

L’un des deux a une faucille et un marteau en jaune dans son regard.

L’autre porte l’étendard nord-américain, la bannière étoilée, sur le sien.

Leurs regards haineux sont à l’image d’une guerre de boules de neige dont chacune pourrait potentiellement contenir des bombes nucléaires.

La guerre froide !

L’équilibre par la terreur avec l’Europe au milieu comme encore possible nouveau champ de bataille. Une troisième guerre mondiale en projet ? Pitié ! Non !

Pour ceux de l’ouest, la peur est tangible que ces nouveaux états indépendants ne tombent dans l’escarcelle des russes, les SO-VIE-TI-QUES, le couteau entre les dents !

Il faut donc tout faire pour empêcher cela...

 

A cette même époque, en 1958 exactement, le Conseil Œcuménique des Eglises propose alors qu’1% du revenu des pays riches soit reversé aux pays les plus pauvres pour faciliter leur développement et ne pas amplifier les déséquilibres mondiaux.

 

 

C’est là, Mesdames et Messieurs qu’est née l’idée d’APD (Aide Publique au Développement).

Même si cette idée généreuse semble satisfaire la plupart (d’autant plus qu’il faut absolument empêcher les russes de trouver des alliés chez les pays les plus pauvres, Guerre Froide oblige), inutile de vous dire, Mesdames et Messieurs, que les discussions qui vont suivre vont être acharnées, chacun défendant ses positions argument contre argument, budget contre budget...

 

Revoyons ce qui s’est passé. Le débat est vif et les orateurs loquaces :

 

- Cet objectif est intéressant, mais comment voulez-vous que nous puissions prévoir les volumes des apports privés pour la comptabiliser avec l’aide publique.

- Mon collègue a raison. Cette idée de 1% semble simple au premier abord, mais elle nous place dans une situation très complexe à gérer.

- Bien évidemment, dés qu’on parle de gros sous, les arguments fusent…

- Alors là ! Vous êtes bien placés pour parler argent. Dés qu’il faut payer, on fait appele aux autres...

- Oh ! Il fallait s’y attendre de votre part. Vous n’êtes pas mieux loti que nous.

- Mais qu’est-ce que vous cherchez Monsieur l’Arrogant, à montrer que vous êtes plus intelligent que les autres ?

- Je vous en prie Messieurs. N’oublions pas que l’influence soviétique est un danger potentiel pour notre présence dans ces nouveaux pays indépendants. Nous nous devons de conserver des liens de coopération avec eux.

- Vous avez raison cher collègue, ne nous aveuglons pas.

- Effectivement, modérons nos propos. L’enjeu en vaut la peine.

 

Les discussions durent des mois et des mois…

Finalement, c’est un économiste néerlandais, Jan Tinbergen, prix Nobel d’économie qui propose une solution : porter l’Aide Publique au Développement au taux de 0,75 % des richesses produites dans un état, le fameux PNB (Produit National Brut). Une façon de concilier l’aide publique et l’aide privée. Cette idée est acceptée en 1968. Un an plus tard, tout le monde se met d’accord sur le taux de 0,70 % à mettre en place pour 1975, et au maximum en 1980.

 

- Bon travail chers collègues !

- Ce fut acharné mais on est arrivé à un excellent résultat.

- Notre collaboration a été des plus enrichissantes.

- Excusez-moi de m’être emporté. Finalement nous sommes dans le même bateau.

- Non ! Non ! Je vous en prie. Moi aussi, je me suis laissé un peu emporté par l’enjeu. L’essentiel est que nous soyons arrivés à un accord.

- Allons boire un verre pour fêter tout ça.

 

On sort alors les petits fours, les flutes de Champagne et les bouteilles effervescentes bien sûr. Voilà un accord obtenu de haute lutte mais qui préservent les relations d’avant la décolonisation. Ça doit se fêter comme il se doit…

 

 

 

Et, que ce soit par conviction pour les initiateurs et certains états, ou par intérêt politique pour d’autres, quoi qu’il en soit, vient de naître ce qui, en 30 ans, va diminuer par deux l’extrême pauvreté. Cela ne va pas tout régler bien évidemment mais cela va changer considérablement les choses, au moins aller dans le bon sens, même si on est encore loin du compte.

 

L’Aide Publique au Développement va ainsi permettre d’investir dans les domaines de la faim et l’alimentation, de la santé, de l’éducation, de l’égalité des sexes, de l’autonomisation des femmes, de l’environnement durable et l’agriculture, du partenariat pour le développement.

 

Mais vous croyez aux contes de fée ? Vous savez ces histoires pleines de péripéties qui finissent par : « Ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants. » ou « Ils furent heureux pour le reste de leur vie». Ce sont de belles histoires certes, mais...

 

Avec les financiers et les hommes d’état dont les uniques centres d’intérêt sont l’économie et l’argent, les contes de fée n’existent pas. Les années 70 pointent leur nez et, dans leur sillage, les premières crises du pétrole. Puis les crises s’accélèrent jusqu’à la fin du XXème siècle. Elles s’amplifient au début du XXIème avec leurs lots de misère et de migrations subies, de dégradation de l’état de la planète.

 

Alors toutes ces jolies histoires qu nourrissent l’imaginaire ne sont plus là que pour endormir ceux qui les écoutent. Ecoutez plutôt l’autre version, celle réservée aux cabinets discrets où se discutent les traités, où se nouent secrètement les accords !

 

- C’est la crise.

- Une de plus !

- Déjà qu’on a du mal à s’en sortir, comment voulez-vous qu’on aide les autres ?

- Cette aide au développement, c’est un vrai boulet pour nos budgets.

- Il faudra sans doute la réduire.

- Vous avez raison. Il faut être pragmatique et regarder les choses en face.

- Avec cet argent, on en profitera au passage pour payer les avions qui renvoient chez eux les étrangers en situation irrégulière.

- On n’a pas le choix, il faut trancher dans le vif.

- On ne va quand même pas toucher aux transactions financières et à la spéculation.

- C’est la moindre des choses ! Ce sont nos amis !

- Et les amis, on en prend soin.

- Il faudra quand même convaincre la population.

- On fera de la communication pour faire avaler tout ça à nos concitoyens.

- Nos citoyens cons oui ! Ha ha ha !

 

Voilà, ils éclatent de rire, contents de leur jeux de mots et de leurs jeux d’argent.

 

- Pas de souci. Nos amis de la grande presse feront la part belle à notre rhétorique et nos éléments de langage. Vous savez, rabâchés tous les jours, tout le monde finit par le croire.

 

 

 

Pourtant, Mesdames et Messieurs, plus que jamais l’Aide Publique au Développement est nécessaire. Dans notre monde interconnecté où le battement d’aile d’un papillon a des conséquences à l’autre bout de la planète, cette aide rabotée par beaucoup d’états doit absolument atteindre le seuil des 0,7 % du Revenu National Brut. Et on en est très loin !!!

 

Rééquilibrer les niveaux de développement au niveau mondial est la seule garantie contre la dégradation du climat, les guerres, les crises humanitaires, les pandémies et tous les maux qui assaillent notre Terre. En bref, pour assurer l’avenir de la planète.

 

Alors n’acceptez pas d’être considérés comme des citoyens cons comme le voudraient certains. Ne soyons ni cons ni sidérés, mais simplement considérés.

 

Avec les ONG, restez des citoyens du monde. Vous vous en porterez mieux. Et le monde aussi d’ailleurs.

 



10/12/2017
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